Notre histoire en Haïti

Les premiers rédemptoristes, venant des Petites Antilles particulièrement de Roseaux (La Dominique), ancienne Vice-Province de la Belgique, sont arrivés en Haïti en 1929 pour prêcher des missions populaires. Ils se sont installés à Port-au-Prince où ils ont construit le Monastère de  Saint Gérard, à Carrefour-Feuilles, puis à Fonds-des-Nègres où ils ont fondé la paroisse Saint-Joseph au diocèse des Cayes. Grâce à ces deux centres de mission, ils ont prêché des missions populaires dans presque tout le territoire national. Ils occupaient la ligne de front dans la campagne anti-superstitieuse menée en Haïti en 1943. 

Dès l’accession des Duvalier au pouvoir en 1957, les missions populaires furent interdites.  Cette interdiction conduisit les missionnaires à une impasse où beaucoup d’entre eux s'étaient retrouvés sans ouvrage. C'est la raison pour laquelle certains missionnaires étaient obligés de quitter le pays tandis que d’autres s'étaient accommodés à la situation du pays en se rabattant sur quelques paroisses du diocèse des Gonaïves.

Un autre tournant va commencer en 1970 avec l’initiative du Père Jozef Claessens qui, non sans peine, a obtenu du Supérieur Provincial de la Belgique la permission de commencer la formation des Rédemptoristes autochtones. C’est seulement vers 1975 que des jeunes Haïtiens commencèrent leur formation au Grand Séminaire Notre-Dame, à Port-au-Prince pour le compte des Rédemptoristes.

En 1980, compte tenu de leur vieillesse et de leur diminution en effectif, les Rédemptoristes belges ne pouvaient plus continuer la mission en Haïti, si bien que le Gouvernement Général d’alors l'avait confiée à la Province rédemptoriste canadienne de Sainte-Anne-de-Beaupré qui a érigé cette mission en Région rédemptoriste de Port-au-Prince, le 11 septembre 1984.

Etat actuel de la Région en effectif

 La Région compte 40 confrères, dont 2 frères à vœux perpétuels, 9 profès à vœux temporaires et 29 confrères prêtres. Elle est présente dans cinq diocèses : Port-au-Prince, les Cayes, Jérémie, Hinche et association diocésaine de Guadeloupe, et répartie en 8 communautés dont quatre paroisses haïtienne (Saint Gérard à Port-au-Prince, Saint-Louis de Gonzague à Fonfrède, Saint Louis Roi de France à Château, la Vierge Marie Reine à Cap-Haïtien et deux maisons de formation : Saint Clément (Scolasticat) à Port-au-Prince et Saint Alphonse (Noviciat) à Jérémie; trois paroisses en Guadeloupe formant une communauté.

Quelques rédemptoristes de la Région

 

A.   NOTRE REALITE

1.    CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE

 Haïti est un pays des Grandes Antilles occupant le tiers occidental de l’île d’Hispaniola. Elle couvre une superficie d’environ 27750 km2 constituée principalement de montagnes escarpées avec de petites plaines côtières et vallées. Le climat est tropical et la saison des pluies s’étend d’avril à juin puis d’octobre à novembre. Le pays subit régulièrement des précipitations importantes et des ouragans qui aggravent les conditions de vie déjà précaires.    

La population haïtienne est estimée à 9,8 millions d’habitants en 2008 dont plus de la moitié vivent en milieu rural. C’est une population très jeune avec 50% de moins de 20 ans.

Ayant acquis sont indépendance le 1er janvier 1804, le pays a connu au cours de ces dernières décennies de profonds bouleversements sociaux, économiques, environnementaux caractérisés par une instabilité politique chronique entraînant un délitement de l’appareil de l’État, un affaiblissement des institutions publiques tant au niveau central que local, un renforcement des inégalités sociales et une extrême vulnérabilité de la population.  

 

2.    CONTEXTE ECCLESIAL ET REDEMPTORISTE.

Dieu est à l'œuvre en Haïti.  Ses doigts dessinent des plans contextuels au-delà des esquisses de la création. L'action de Dieu se singularise par son témoin immédiat, l'Église. Les traces visibles de sa présence ne sont plus limitées à un espace se réduisant au planisphère. Par ses temples, ses représentants, son influence, l’Église est partout. Et partout on s’occupe d’elle pour l’admirer ou la combattre. De ce fait, dans la grande avenue de l’histoire de l’Église universelle, l’Église d’Haïti comme la plupart de l’Église de l’Amérique latine et des Caraïbes, a connu au cours de son histoire de nombreux événements. Aussi est-il important de bien comprendre l’histoire de cette Église pour mieux adapter la pastorale à la réalité du peuple. On ne peut parler de l’histoire de l’Église d'Haïti sans parler de la pastorale de cette Église et la situer historiquement parce qu’elle porte encore les marques de son passé.

  • De 1492 à 1804, on ne pouvait parler vraiment de pastorale dans l’Église en Haïti, même si l’Église a vu le jour en 1492. En cette période, beaucoup de missionnaires possédaient des esclaves et la majorité d’entre eux soutenaient, le système esclavagiste avec parfois quelques légers assouplissements.
  • De 1804 à 1860, le pays vit une période d’anarchie pastorale. On a pu qualifier de "schisme" la situation de l’Église en Haïti. De nombreux prêtres en rupture  avec leurs évêques s’étaient infiltrés dans le pays et il en est résulté des désordres lamentables. De son côté, le gouvernement haïtien entend contrôler l’Église et se méfie du Vatican, en qui il voit un allié de la France et un canal possible pour soutenir les prétentions d’un retour de la France en Haïti. Cependant, grâce au Concordat signé le 28 mars 1860 entre Haïti et le Saint Siège, le pays allait avoir une Église organisée, un clergé mieux formé, même si, comme tel, il n’allait pas pouvoir répondre à l’impérieux besoin d’une évangélisation adaptée.
  • De 1860 à 1966, compte tenu de cette situation lamentable, le Concordat représentait à son heure une certaine libération de notre Église. Il permettait à l’Église romaine de veiller sur la naissance de la jeune chrétienté d’Haïti. Ainsi, un peuple de croyants est né, des familles chrétiennes sont sorties de cette pastorale issue du Concile de Trente, des vocations sacerdotales et religieuses ont fleuri. Mais une mentalité a été créée et une conception de l’Église a été formée selon lesquelles le prêtre est l’homme à tout faire dans l’Église, auquel les fidèles obéissent sans dire mot.  A noté que c’est à partir de cette période que presque toutes les Congrégations religieuses ont débarqué dans le pays.

Le contexte actuel dans lequel nous vivons peut se décrire de la manière suivante :

  • L'Eglise locale fait des efforts pour être une Eglise de communion, évangélique et missionnaire.
  • La cinquième Conférence générale de l'épiscopat d'Amérique latine et des Caraïbes qui s’est déroulée à Aparecida a motivé le lancement de la Mission continentale. Malgré tout, beaucoup de chemin reste à parcourir.
  • Une augmentation du nombre de diocèses et de paroisses pour mieux accompagner le peuple de Dieu.
  • Création du premier cardinal haïtien, son éminence Mgr Chibly Cardinal LANGLOIS, évêque des Cayes par le pape François le 12 janvier 2014.
  •  Il y a une grande présence des laïcs engagés et surtout disponibles pour le travail pastoral.
  •  Peu à peu on note la présence de l’Église dans l’utilisation des mass médias et dans la production des outils d’évangélisation.
  •  Nous découvrons que certains secteurs de l’Église locale développent une spiritualité basée sur la dévotion. Ces mouvements trainent derrière eux une foule immense. Cependant, ils doivent être accompagnés d'une spiritualité prophétique et évangélique. Nous expérimentons aussi une Église où les gens sont catholiques par tradition familiale et non par conviction propre. 
  •  Nous nous inquiétons d’une certaine mentalité relativiste en ce qui concerne la mise en application des valeurs éthiques, liturgiques, religieuses et doctrinales. Un manque de leadership et de l’absence quasi-totale de la part des pasteurs dans les moments décisifs de la société.
  •  Nous regrettons les scandales de type moral causés par quelques ministres ordonnés, des abus de pouvoir et peu de transparence au niveau de leur vie affective ou dans l'administration économique.
  •  Cela nous préoccupe le nombre croissant de personnes qui abandonnent notre Église pour passer à d'autres groupes religieux.
  •  Nos confrères de la Région réalisent aujourd’hui leurs activités pastorales dans des paroisses, des écoles, la prédication des missions populaires.
  •  Le choix des lieux d’actions pastorales (Carrefour-Feuilles, Fronfrède, Château, Pandiassou et Jérémie) répond bien à notre charisme. C’est un signe prophétique pour l’Eglise en Haïti.
  •  Les gens avec qui nous travaillons ont une grande estime pour nous : ils reconnaissent et apprécient notre travail missionnaire, notre créativité pastorale et notre proximité avec eux.  
  •  Nous sentons que la réalité du pays, avec ses bons côtés et ses difficultés, nous affecte dans notre façon de vivre.

En dépit de cette situation qui, à nos yeux, parait difficile, le Conseil régional invite chaque communauté locale à regarder la réalité avec des regards positifs afin d’apporter de l’espoir aux gens en adoptant des stratégies pastorales appropriées et adéquates.