Assemblée Régionale 2015

La semaine du 9 au 12 novembre 2015 a été une semaine très importante dans la marche de la Région vers la Vice Province.

Presque tous les confrères de la Région ont pris par à cette assemblée régionale qui a été convoquée par les Commissions de transition et de finance. Les pères Rafael Torres, Miguel Garcia, Jean Bélisle, Raymond Desjardins, respectivement membres des provinces de San Juan et de Sainte-Anne-de-Beaupré étaient présents également à cette assemblée. Ces confrères avaient partagé avec la Région leurs expériences afin de nous aider comme Région à mieux nous structurer.

Au cours de cette assemblée, le Père Adonaï Jean-Juste, C.Ss.R a présenté un bref historique de la Région de Port-au-Prince en relation avec la Province de San Juan, Porto-Rico, en voici un extrait:  

La Région de Port-au-Prince a connu une histoire assez particulière. Elle a eu une naissance et une renaissance. En effet, les confrères belges sont arrivés en Haïti des petites îles, en particulier de Roseau qui était une vice province de la Belgique pour prêcher des missions populaires dans les années 1929. Ils se sont établis à Port-au-Prince à St Gérard, puis à Fonds des Nègres dans le diocèse des Cayes. De ces deux centres de missions ils ont prêché des missions populaires presqu’à la grandeur du pays. Ils occupaient la ligne de front dans la campagne anti-superstieuse menée en Haïti en 1943. Ils se sont fait remarqués par leur zèle et leur fougue apostolique. Leur réputation avait gagné tout le pays. Des noms comme Dubois, Manise, Cuvellier furent comme des têtes d’affiche.

Par ailleurs, plusieurs candidats se sont présentés à leur porte à cette époque, mais ils ont été refusés. L’une des raisons que l’histoire a retenue est que les missionnaires étaient venus prêcher et non pas implanter la Congrégation.

En 1949 sous la pression des autorités de l’Archidiocèse de Port-au-Prince, Saint Gérard est devenue paroisse, plus tard le même scénario est répété avec Fonds des Nègres dans le Diocèse des Cayes. Donc, en plus de prêcher des missions populaires dans tout le pays, ils ont eu à charge deux paroisses : Saint Gérard à Port-au-Prince et St Joseph à Fonds des Nègres.

Plus tard, à l’accession des Duvalier au pouvoir en 1957, les missions populaires furent interdites. De grands rassemblements comme ceux qu’organisaient les Rédemptoristes, les Montfortains inquiétaient beaucoup Duvalier qui entendait asseoir son pouvoir dans les masses paysannes en s’appuyant sur le Vodou. Pour avoir travaillé pendant plusieurs années comme médecin de campagne, il savait combien la superstition tenait prisonnières les masses haïtiennes. Donc il a décidé de faire asseoir son pouvoir de préférence sur la peur en optant pour le vodou. Ce qui fut fait. Duvalier devient comme un intouchable. Par conséquent, cette interdiction conduisait les missionnaires qui se sont retrouvés sans ouvrage dans une impasse. Certains se sont vus obligés de laisser le pays, d’autres se sont  se accommodés de la situation du pays en se rabattant sur quelques paroisses. Certains ont opté pour le diocèse des Gonaives, et d’autres pour le diocèse des Cayes. Ainsi commençait le déclin de la mission des Rédemptoristes belges en Haïti.

Aux débuts des années 70, la Région de Port-au-Prince va connaître un autre tournant. Le père Joseph Classens ayant pris conscience que les Rédemptoristes allaient s’éteindre en Haïti, commençait par insister sur la nécessité de recevoir des vocations haïtiennes. Certains de ses confrères ne l’entendaient pas de cette oreille et s’y opposèrent. Cependant Classens a réussi par sa ténacité à gagner à sa cause son provincial de Belgique qui lui accordait l’autorisation d’ouvrir le noviciat en Haïti. Cela a eu lieu dans les années 1975-1976, malgré la réticence de plus d’un. Ainsi de jeunes Rédemptoristes haïtiens commençaient à fréquenter le Grand Séminaire de Port-au-Prince. Quelques années plus tard, alors que tout marchait assez bien, le provincial qui avait accordé au père Classens d’ouvrir le noviciat est mort subitement. Sa mort semblait menacer d’emporter avec elle le projet d’avoir une branche de Rédemptoristes haïtiens puisque le prochain provincial élu a sommé le père Classens d’arrêter ce projet et de renvoyer les jeunes rédemptoristes en formation  soit chez eux, soit dans les diocèses. La Région se trouve une nouvelle fois dans l’impasse.  Le Gouvernement général intervient et confie à la province de Sainte Anne le soin de susciter cette branche de rédemptoristes haïtiens. Ce problème donnera lieu comme vous le savez à une renaissance de la Région en 1982. La vie a eu raison de la mort. La province sous la direction du père Rock Achard a accepté de venir à la rescousse de la Congrégation en Haïti. Nos confrères canadiens sont arrivés dans les années 80 et en 82 la Région a été érigée de nouveau. D’où la renaissance la Région de Port-au-Prince.

Depuis les débuts des années 80, les confrères canadiens peinent, travaillent durement à implanter la Congrégation en Haïti. Nous ne cesserons jamais de leur exprimer également notre gratitude.

 La Région de Port-au-Prince et la province de San Juan ont toujours eu de bons rapports, d’abord, en vertu de leur position géographique où des circonstances comme les premières visites du Père Raphael Torres en Haïti, à cité Soleil, des événements heureux ou malheureux comme des professions religieuses et ordinations dans les deux entités, le coup d’état de 1991 en Haïti, ensuite la participation des deux entités aux différentes rencontres du cône nord, appelé URlNAC aujourd’hui, la présence des compatriotes haïtiens en RD, le tremblement de terre, autant d’événements et de circonstances qui les ont emmenées  à se voir, à se parler, à mieux se connaitre, à collaborer ensemble et finalement à travailler ensemble dans un cadre plus formel comme cela se fait aujourd’hui.

L’un des pionniers qui ont contribué à rapprocher les deux entités rédemptoristes œuvrant sur la même ile est le père Raphael Torres de la province de San Juan. Sa sensibilité évangélique manifeste pour les pauvres l’avait conduit à maintes reprises en Haïti, en particulier à cité Soleil. Très tôt il développa un amour intense pour les pauvres d’Haïti.  Il fut même emmené a faire adopter par sa famille un jeune haïtien qu’il avait trouvé quelque part  a cité Soleil : Elie Galiotte.  

Un jour il a appris qu’il y avait des rédemptoristes en Haïti, a Port-au-Prince. Ce fut pour lui une grande découverte. Il s’est fait conduire tout de suite au Monastère. Il y trouva les pères Thomas Coté, Joseph Classens, Jean Marie Labonté etc qui lui firent bon accueil. D’ailleurs il restera lié au Père Thomas coté qu’il considérait comme un modèle, un vieux sage qu’il écoutait avec plaisir.  C’est là que les rapports entre la Région de Port-au-Prince et la Province de San Juan vont commencer par se nouer. Au fil des années, les supérieurs d’alors dans les deux entités ont compris la nécessité de mettre en œuvre des échanges, des visites mutuelles dans le but d’établir la communion fraternelle entre elles. Des efforts d’ouverture, de fraternité ont été consentis de part et d’autre. Nos étudiants sont envoyés en République Dominicaine ou à Porto Rico pour l’apprentissage de l’espagnol et en même temps dans le but de comprendre la réalité culturelle, sociale des confrères de San Juan. De l’autre coté, nos confrères de San Juan en faisaient autant. Ils venaient et envoyaient en Haïti leurs étudiants pour se familiariser avec le Créole, appréhender la culture haïtienne, se faire avec des confrères de la Région. Rappelons pour l’histoire que ces échanges ont commencé avec les premiers étudiants haïtiens : Gabriel Bien Aimé, Antonio Fèle, etc de regrettée mémoire.

D’autres circonstances ont contribué à fortifier ces liens.

Les rencontres régulières du cône Nord ont contribué largement à rapprocher les deux entités. Non seulement les supérieurs y échangeaient les nouvelles, mais aussi le projet de restructuration de la congrégation sur lequel on travaillait recommandait fortement aux différentes unités de collaborer et  d’œuvrer ensemble à tous les niveaux : la formation, la mission etc.  

La forte présence des compatriotes haïtiens en République dominicaine sera souvent au cœur des débats. Les confrères de la Province de San Juan ont compris et exprimé clairement qu’une présence de confrères haïtiens serait importante à leurs cotés pour mieux cerner la problématique de la pastorale haïtienne en République Dominicaine. Apres beaucoup de démarches, de débats, de discussions et de réflexions les autorités des deux entités ont signé un accord de collaboration et le père Stéphane fut le premier à être envoyé à ce sujet pour partager la mission avec nos confrères de San Juan.

En 2007 les autorités des deux entités, le gouvernement général ont été emmenés à se réunir  à New York pour envisager éventuellement une fusion entre la région de Port-au-Prince et la province de San Juan. Les autorités de la province mère et de la Région de Port-au-Prince, eu égards à un certain nombre de raisons ont préféré opter plutôt pour une franche collaboration avec la province de San Juan.

Les multiples services rendus par la Province de San Juan à la Région de Port-au-Prince, lors du Tremblement de terre survenu en Haïti en 2010 ont bien scellé nos liens avec la Province de San Juan. Nous ne finirons jamais de leur exprimer notre reconnaissance, notre gratitude. Si nos chemins se croisent encore aujourd’hui dans le cadre de ce projet de transition, cela n’est pas le fait du hasard. De nombreux signes avant-coureurs le laissaient entrevoir.